ABRACADABRA

   Pour sceller le sort des universités, le président Trump a été aussi vite et presqu’aussi fort qu’à l’égard de l’Ukraine en suspendant l’attribution d’une grande partie des fonds fédéraux aux plus prestigieux établissements du pays sous des prétextes tout aussi fumeux que ses discours.

Sont visées d’abord les études sur la santé, le climat ou des projets associés aux programmes de diversité, d’équité et d’inclusion. Mais le reste suivra : le président signera par décret la suppression de l’enseignement du droit si les tribunaux fédéraux s’obstinent à déclarer ses ukases illégaux. Pourquoi encore fabriquer des juges et des avocats qui ne comprennent rien à la geste trumpienne ? Laissons l’intelligence artificielle mitonnée par son bouffon, Elon Musk, pondre désormais les jugements. 

Puis il effacera l’histoire car les profs ne parlent que du passé au lieu d’expliquer que le pays vit le moment le plus important de son histoire sous la direction du plus génial dirigeant que le monde a jamais connu. De plus, les historiens ne racontent que des craques : les nazis auraient attaqué les démocraties occidentales, l’Italie aurait été dirigé par une clique de fascistes, le président Poutine aurait dévitalisé toutes les institutions démocratiques mises en place à la chute de l’URSS et fait tuer ses opposants, les Amérindiens auraient été massacrés par des bandes d’immigrés venus peupler les Etats-Unis… Que des bobards débités par des nullards gauchistes. A la porte, bande de provocateurs ! Avec tous les fonctionnaires fédéraux ! Eux aussi remplacés par l’IA. Dieu, que c’est reposant de ne plus croiser un seul être humain dans les couloirs des bâtiments de l’administration ! Tout sera automatique de la naissance à la mort. D’ailleurs, pourquoi encore des êtres humains, je veux dire d’autres êtres vivants que Trump et son fidèle entourage ? 

  L’explosion régulière des fusées de l’entreprise Musk devrait pourtant emmener ce brave homme à s’interroger sur la qualité de ses dispositifs. Il devrait s’empresser d’engager quelques spécialistes pour sauver son business spatial avant qu’ils ne disparaissent dans la nature, licenciés faute de budget. Le départ programmé des Terriens vers Mars est mal parti…  

En cas de nouvelle pandémie aux Etats-Unis, on ne sait trop ce qui va se passer. Près de 10% des agents de la NIH, la principale agence américaine chargée de la recherche biomédicale et de la santé publique, ont déjà été licenciés. Et le ministre de la santé, Robert Kennedy Jr, est connu pour ses informations mensongères sur les vaccins, le covid, etc. Qui pourra encore soigner les Américains ? Reste peut-être quelques sorciers guérisseurs dans les tribus indiennes. On espère qu’ils réussissent à retrouver les remèdes traditionnels qui permettaient de combattre la sorcellerie puisqu’elle a l’air de frapper la classe dirigeante du pays…

www.berenboom.com

BRUXELLES, MA BELLE ?

  C’est à se demander s’il n’y a plus que les dealers qui aiment Bruxelles au point de se battre à coup de kalachnikov pour y rester ! Il faut leur reconnaître beaucoup plus d’attachement à notre ville que les politiciens du cru qui sont cuits, brûlés même après avoir déposé les armes. 

N’y a-t-il donc personne pour gouverner la capitale de l‘Europe, accessoirement de notre charmant royaume ? En politique, il y a toujours une solution. Plus elle est absurde, mieux elle fonctionne. Il n’est que d’admirer la construction du gouvernement Arizona qui allie la droite séparatiste flamande aux unitaristes belgicains wallons sous le regard des socialistes de Flandre. 

Voici quelques suggestions pour que ces pauvres David Leisterh et Ahmed Laaouej cessent d’errer comme des poules sans tête. 

Pourquoi ne pas tenter la jachère ? Un procédé classique en agriculture, qui consiste à laisser la terre se reposer pendant quelques années. Après, les plantes repoussent plus vivaces que jamais. 

Appliqué à la région, ce procédé aura pour conséquence d’arrêter tout, projets d’infrastructure, subventions, transports, engagements de personnel, etc. Le temps de laisser la nature reprendre possession de la ville, des rues, des maisons. Dans quatre ans, vous verrez avec quelle énergie, les citoyens se précipiteront aux urnes pour choisir enfin des dirigeants responsables. 

Actons la démission des politiciens bruxellois, plus prêts à cultiver leur ego que notre capitale. Laissons-les se retirer sur leurs terres. Et confions l’exécutif bruxellois à l’Union européenne. L’Europe a intérêt à sauver sa capitale. 

Les vingt-sept chefs d’état se partageront les portefeuilles. Le chancelier allemand au bien-être animal, Macron à l’environnement, Orban à la protection du patrimoine. Problème : la Région n’a droit qu’à cinq ministres. Mais on peut y ajouter des secrétaires d’état. Cependant, cette suggestion se heurte un gros obstacle. Sur cinq excellences, deux doivent être flamandes. Sauf à pousser Orban et Macron à se mettre au néerlandais, voilà un vrai casse-tête.   

Pourquoi ne pas alors faire appel à Trump ? Les gouvernements danois, groenlandais, canadiens, panaméens s’opposent à ses rêves d’étendre son empire. Mais le gouvernement bruxellois étant aux abonnés absents, personne ne l’empêchera de faire de Bruxelles sa seconde capitale. District of Brussels. Lui qui a qualifié notre ville de « trous à rats » voudra investir massivement pour en faire sa vitrine. Peut-être aussi qu’il l’offrira comme jouet à Elon Musk. 

On voit d’ici comme Elon va s’amuser. Après l’envoi de tous les parlementaires et fonctionnaires sur Mars, il expérimentera sur le reste de la population ses procédés d’implants dans le cerveau. De quoi s’assurer qu’aux prochaines élections régionales, il n’y aura plus qu’un seul gagnant, le Vlaams Belang. 

www.berenboom.com

LE DIALOGUE DE LA SEMAINE

  • Allo, Donald ?
  • Oh ! Tovaritch Vladimir, je comptais justement vous appeler. Télépathie ! On dirait que nos cerveaux fonctionnent en parfaite harmonie ! Que me vaut le plaisir… ?
  • D’abord vous féliciter. Fiesta, discours, tout était très réussi. Surtout le chapeau de votre épouse. J’aimais particulièrement les petites marionnettes qui s’agitaient dans votre dos pendant votre prestation de serment.
  • Marionnettes ?
  • Oui cette série de charmants garçons qui faisaient la claque et qui riaient à chacune de vos saillies. 
  • Zuckerberg, Bezos, Musk et compagnie ?
  • On aurait dit des figurants dans un film des Marx Brothers. Je pensais les inviter à Moscou pour ma prochaine apparition devant la Douma. Ça serait tellement plus drôle pour mes députés de les regarder s’agiter plutôt que le portrait figé de Lénine.  
  • Difficile, Vladimir. Hélas, les sanctions courent toujours. J’aurais voulu les annuler, croyez bien, mais ça ne dépend pas que de moi. 
  • Je ne comprends pas, Donald. Pendant qu’il faisait ses malles, Joe Biden a accordé la grâce présidentielle à un paquet d’individus condamnés par les tribunaux, dont certains sont morts depuis un siècle. 
  • Vous connaissez l’expression : la vieillesse, quel naufrage !
  • Je n’oserais pas ajouter que vous aussi, vous avez gracié toute sorte de personnages autrement plus louches que moi. Aucun tribunal ne m’a jamais condamné, moi. 
  • Tout de même, il traîne un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale… 
  • Et la présomption d’innocence, vous l’avez déjà effacée de vos lois ?
  • Non, non, bien sûr. Sinon, je n’aurais même pas pu participer à l’élection présidentielle…
  • Ces braves gens pourraient simplement présenter leur entreprise pour booster un peu mes oligarques, vraiment trop endormis. 
  • Mais que feriez-vous de leurs produits, Vladimir ? 
  • Tenez, si Amazone s’installait chez nous, je pourrais commander des soldats nord-coréens d’un simple clic. Avec moi, Bezos doublerait sa fortune. Je serais même prêt à payer les commandes en crypto monnaie. Par galanterie, je choisirais celle qu’a lancé votre charmante épouse. 
  • Ah non ! Du trump ou rien ! 
  • Vous êtes dur en affaires, Donald. Mais, d’accord ! J’achèterai mes petits soldats en trump. Musk a aussi une quincaillerie qui peut nous intéresser, satellites, fusées. 
  • Oui mais, entre nous, elles explosent une fois sur deux
  • Je sais ; je les achète pour les refiler aux ukrainiens en disant qu’elles sont livrées par les Etats-Unis, ce qui contourne les sanctions.
  • Payées aussi en trump.
  • Evidemment, Donald.
  • J’y réfléchis. Et Zuckerberg ? 
  • Pour être franc, Facebook ne nous intéresse pas. Mais lui aussi je songe à le vendre aux Ukrainiens à qui il expliquera comment on fait pour être un homme, un vrai…
  • Merci, bon débarras !

    www.berenboom.com

LES  INVITES  DE  LA MAISON SUPER BLANCHE

   Que feront les invités de Donald Trump le jour d’investiture du nouveau président ? Ils applaudiront d’abord le Village People reprendre leur invraisemblable chanson YMCA, icône de la communauté gay lors de son enregistrement, il y a cinquante ans. Vivian Jenna Wilson (née Xavier Musk), la fille du milliardaire préféré de Trump (lequel n’a pas supporté que son aîné.e ait changé de sexe) a peut-être eu tort d’annoncer qu’elle quitte les Etats-Unis ce jour-là. Elle aurait pu faire la fête une dernière fois avant de larguer les amarres. Après le concert, il est vrai, les invités se retrouveront entre hétéros bien-pensant. Orban, Meloni, Milei et même Bolsonaro. On dirait que cette liste est une blague imaginée par Charlie-Hebdo. 

Trump a pourtant voulu que chaque pays soit représenté à la cérémonie par ses plus brillants représentants. Pour la Belgique, ce sera Tom Van Grieken. Geert Wilders pour la Hollande. Récompensés du magnifique score électoral qu’ils ont réalisé, preuve que certains pays d’Europe, dont le nôtre, sont mûrs pour virer trumpo-compatible. 

 Georges-Louis Bouchez espérait aussi être du voyage. Il comptait sur l’intronisation vite fait d’anciens du parti néo-fasciste « Chez Nous » en guise de laisser-passer. Mais c’est raté : en obligeant ses nouveaux baptisés Bleus à renoncer aux « idées » qu’ils ont défendues lors des dernières élections, Bouchez s’est lui-même exclu du club des copains à Trump. Caramba ! Encore raté ! 

Qu’il se console en songeant que la France sera représentée par Eric Zemmour, dont le score électoral a été autrement plus dérisoire que le sien. Et que le pauvre Trudeau, le premier mort de la guerre américano-canadienne, n’a même pas été convié à fêter à la Maison Blanche ses propres funérailles. 

On comprend que Xi Jinping, qui a trouvé un carton dans sa boîte aux lettres, s’est empressé de s’excuser de ne pouvoir se joindre aux invités. Même lui n’a pu retenir un rictus de répulsion à la perspective de se mêler à ce beau linge. 

Pourtant, on a l’impression que le nouveau président américain a voulu que ce Barnum fasse mentir cette réflexion de Marilyn Monroe : « La pire chose qui arrive aux gens quand ils s’habillent et vont à une fête, c’est qu’ils laissent leur vrai eux-mêmes chez eux. »

Ici, le pire, ils l’emmènent avec eux. Le mieux que l’on puisse espérer c’est qu’ils le laissent à la Maison Blanche avant de rentrer chez eux… 

Peut-être qu’il y aura un invité surprise à ces agapes, qui sortira du grand gâteau final avant d’éteindre les lumières. Comme le chef de la fête est prêt à tout, qui sera surpris de voir Poutine jaillir au milieu de la crème ? Caviar à volonté pour tous ceux à qui le reste de la cérémonie n’a pas coupé l’appétit…

www.berenboom.com

CHARLIE, REVIENS, ILS SONT TOUJOURS PLUS CONS !

     Dix ans après l’assassinat des grandes plumes de Charlie, que reste-t-il de l’esprit Charlie, ce mélange de provoc et d’émotion, d’humour ravageur qui se mêlait à l’amour des gens et de la vie ?

 On a l’impression qu’une fenêtre s’est refermée, que l’air s’est raréfié, que la bulle s’en est allée. On ne peut plus rire de tout sans entraves. Peu à peu le plaisir du pied de nez est grignoté par la culture de l’effacement. Ce réflexe qui censure progressivement l’expression de la pensée qui dérange, rogne les ailes, s’insinue dans la tête de ceux qui écrivent, dessinent, filment. Inconsciemment, ils ont tendance à freiner leurs plumes, leur pinceau, leur caméra. Ils coincent à l’idée que tel ou tel groupe se sente offusqué, offensé et dénonce la liberté que s’est arrogé l’auteur comme une injure, une calomnie, une atteinte à leur personnalité, à leurs croyances, leurs idées. Avec la prolifération des réseaux sociaux, qui s’étendent comme des pieuvres, il se trouve toujours un petit dictateur de quartier mal dans sa peau qui ne supporte pas le rire, l’humour, la moquerie. « C’est dur d’être aimé par des cons ! » s’écriait Mahomet sur une couverture célèbre de Charlie-Hebdo dessinée par Cabu.

On pourrait croire que la prolifération des réseaux et des technologies, leur accès ouvert à tous, allait contribuer au développement de la liberté d’expression. Paradoxalement, c’est le contraire ! Chacun désormais veut dicter sa loi et empêcher qu’on se moque impunément de ses opinions ou de ses convictions.

Remarquez, le constat n’est pas neuf. Dix ans avant la prise de la Bastille, Beaumarchais écrivait : « Pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l’inspection de deux ou trois censeurs. » Déjà le règne de la culture woke !

En 2025, les humoristes paraissent des petits bras comparé aux nouveaux rois de la provoc et de l’impertinence. Donald Trump, Poutine, Xi Jinping, Erdogan, Khamenei et quelques autres ont remplacé Cabu, Charb ou Honoré mais avec une différence de taille : ils ont banni l’humour sous peine de prison et professent de pires énormités que les dessinateurs de Charlie Hebdo mais avec un sérieux imperturbable. 

En janvier 2015, le président des Etats-Unis était Barack Obama. Dix ans plus tard, les Américains ont plébiscité Donald Trump. Dont le sinistre fou du roi, Elon Musk, cet agité du bonnet, manie la provocation pour saper la démocratie et étouffer les idées qui ne lui plaisent pas. Surtout pas pour faire rire et réfléchir. Lui qui veut envoyer les hommes sur la planète Mars étouffe l’espace de la liberté d’expression.  

www.berenboom.com

LE ROI DE LA BANQUISE

  En guise de cadeau pour fêter l’an neuf et son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a vu grand. Faute de pouvoir annexer Mars, malgré les fanfaronnades d’Elon Musk, il réclame le Groenland. C’est tout aussi froid que la planète rouge mais c’est plus près de l’Amérique. Et assez grand pour satisfaire son insatiable appétit – trois fois le Texas.

C’est vrai qu’il n’y a que de la glace, quelques igloos et une prison (dont vient de sortir Paul Watson, le défenseur des baleines). Il y a aussi quelques dizaines de milliers d’Inuit. Que faire de ces indigènes ? Pourquoi ne pas les envoyer dans une réserve rejoindre ce qui reste des tribus indiennes ? Vieille tradition américaine. De quoi se plaindront-ils ? Ils bénéficieront d’un bon soleil bien chaud toute l’année. Et ils pourront ouvrir des casinos. C’est plus amusant de jouer à la roulette que de faire des trous dans la banquise pour tenter d’attraper des flétans ou des loups de mer. 

Parlons sous. Trump n’est pas encore Poutine. Il est prêt à signer un chèque pour acquérir ce gigantesque bâton glacé plutôt que d’envoyer l’armée annexer le territoire. Pour estimer son prix de vente, il suggère de se baser sur le prix d’achat par les Hollandais de l’île de Manhattan, payée à l’époque soixante florins (environ mille dollars d’aujourd’hui). Ou sur l’acquisition de l’Alaska pour laquelle les Russes ont reçu, peu après la fin de la guerre de Sécession, 7.200.000 dollars. 

Mais, qu’il se méfie, ce n’est pas sans risque qu’on acquiert ce genre de territoire. Depuis un décret menaçant mais imprécis de janvier 2024, le président Poutine laisse entendre qu’après avoir remis l’Ukraine dans son escarcelle, il pense à reprendre l’Alaska pour poursuivre son rêve de reconstituer l’empire impérial. Trump devrait se méfier d’une offensive viking ou inuite s’il hisse la bannière étoilée sur Thulé ou sur Nuuk, la capitale. L’armée américaine a montré ces derniers temps bien du mal face aux ressortissants des pays qu’elle a voulu mater. 

Imaginons que la transaction se fasse. Que va faire le nouveau président de ces deux millions de km² de glace ? Construire quelque Trump Towers avec vue sur mer ? Mais il faudra bien du talent aux agents immobiliers pour convaincre les futurs propriétaires de passer leur vie à regarder des icebergs. Sauf à leur garantir qu’avec Trump, le réchauffement climatique va si rapidement s’accélérer que le pays ressemblera bientôt à la Riviera…  

Il pourrait aussi en faire une terre d’asile pour ces millions d’immigrants qu’il veut expulser. Mais qu’il se méfie : ce sont les meilleurs des immigrants qui ont fait des Etats-Unis la première puissance du monde. Si ça se trouve, dans quelques décennies, le Groenland leur tiendra la dragée haute…  

www.berenboom.com

THE LAST PICTURE SHOW

   L’arrivée de l’an neuf s’accompagne selon l’usage de plein de cadeaux. Le meilleur moment de la soirée, c’est celui où l’on contemple les paquets magnifiquement emballés, avec leur délicieux petit nœud rouge, brillant de tous leurs feux, si désirables sous le sapin. L’imagination galope. On se demande quelle merveille va sortir du chapeau. Mais, une fois les paquets déballés, la magie cesse d’opérer. Ce qui était excitant c’était de rêver les promesses cachées sous le papier brillant. 

     Ainsi en est-il aussi du cirque politique. Débarrassé de sa défroque de Saint Nicolas, que restera-t-il en de Bart De Wever en 2025 ? Un monsieur nerveux, l’air si sérieux dans son costume trois pièces mais incapable de monter le château de cartes qu’il nous a promis alors qu’il y a six mois, on a eu l’impression qu’il avait tous les atouts en main et même les jokers.

  Lui, il a déjà composé son gouvernement avant même de monter sur le trône. Donald Trump, vedette tonitruante du Buffalo Bill’s Wild West (à ne pas confondre avec le Monthy Python Flying Circus) a fait miroiter des numéros somptueux dès que s’allumeront les spots. Avec en prime pour tous les spectateurs qui n’ont pas boudé le spectacle, la fin de la guerre d’Ukraine en 24 h. Grâce à quel gadget ? Va-t-il bombarder le Kremlin ou Kiev ? Ou les deux ? Puis s’écrier : j’ai dit 24 h, hein ! Pari tenu ! Pendant que les balayeurs élimineront les gravats, il hurlera déjà dans le micro : Spectacle suivant ! Le Proche Orient ! Et de s’époumonner ainsi jusqu’à ce que le stock de fusées d’artifices soit épuisé… 

   Dans le genre cadeau mystérieux qui excite l’imagination, la Syrie. Le tyran barbare éliminé, les nouveaux rois de la fête viennent aussi le sac plein de promesses auxquelles il suffit de croire pour être joyeux. Ils jurent avoir abandonné la défroque de djihadiste et toute tentation terroriste, leurs bêtises de jeunesse. Ils seront gentils avec tout le monde, même avec les femmes et les chrétiens. Avec qui ils partageront la galette des rois. Tout le monde aura droit à un morceau du gâteau. Mais quelle récompense pour celui qui tombe sur la fève ? Cadeau sucré ou empoisonné ?

Autour de nous aussi, les lendemains sont pleins de mystères. Bien malin qui devinera de quel couleur sera le lapin qui sortira du chapeau en Allemagne en février prochain et après, y aura-t-il un gouvernement avant ou après nous ? Les paris sont ouverts. Tandis que chez nos voisins français, ce sont les jeux olympiques permanents. Les politiques font des rondes à la queue-leu-leu dans l’enceinte du cirque pendant que les lions guettent leurs proies.

Tous ces artistes improvisés devraient prendre exemple sur le seul acteur professionnel du lot, Volodymyr Zelensky, qui ne confond pas les deux métiers. Il sauvera l’Ukraine avant de remonter sur scène…

www.berenboom.com 

 QUELLE EPOQUE FORMIDABLE !

    Une fois de plus, nous assistons, moroses, à l’installation d’une interminable crise pour la formation d’un gouvernement dont tous les participants souligneront, dès qu’elle sera dénouée, combien ils sont insatisfaits d’accéder au pouvoir, prétendant qu’ils n’ont accepté de jouer le jeu que pour le bien public, d’être devenus ministres pour sauver le pays et autres fariboles. 

 A force de tirer sur la ficelle des discussions sans fin sur le programme, la décomposition du pays et la liste des excellences, viendra le jour où le gouvernement ne sera pas encore formé lorsqu’arrivera l’échéance des prochaines élections législatives. Obligeant ainsi le gouvernement en affaires perpétuellement courantes de rester en place cinq ans, dix ans, quinze ans ou plus. Le très vieux Alexandre De Croo recevra l’arrière-petit-fils de Trump élu 54 ème président des Etats-Unis puis les participants de la COP 99 organisée à Schaerbeek devenu port de mer depuis que la Flandre a disparu sous les flots. 

 Et puis les ministres mourront de vieillesse les uns après les autres jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un. Ce jour-là, le survivant, n’étant plus en conflit avec personne, pourra prêter serment devant le roi et constituer à lui seul un gouvernement qui ne suscitera plus aucune contestation. 

 Certains critiquent déjà cette solution en prétendant que les citoyens risquent d’être lassés d’attendre tant d’années ou de décennies avant la formation d’un gouvernement de plein exercice. C’est pourquoi on avance déjà que, puisqu’aucun être humain n’est capable en Belgique de sortir de ce nid de vipères, il faudrait faire appel à l’IA.

  L’IA qui offrira l’état de grâce à l’état défaillant.  

  Le robot ne connait pas d’état d’âme. Il n’est pas sensible aux animosités personnelles, aux querelles d’ego, aux subtilités byzantines des programmes. Bart De Wever, Georges-Louis Bouchez, Elke Van den Brandt ou Raoul Hedebouw ne sont que des données qu’il mélange en n’obéissant qu’à une seule instruction, former un gouvernement, peu importe les affinités. La super note de BDW ne promet pas assez d’argent public à distribuer ? Celle d’IA ajoute un ou deux zéros et le tour est joué. 

Mais l’IA comprendra assez vite que suppléer aux hommes et aux femmes politiques ne suffit pas. Il renverra donc les professionnels de la politique pour se substituer à eux. Plus d’êtres humains aux commandes et ça roule, ma poule ! IA super ministre, plus besoin de super note super raturée.   

Ne croyez pas que la Belgique servira de laboratoire comme souvent aux autres pays européens. Déjà, certains murmurent qu’Elon Musk a fabriqué un robot à l’effigie de Trump et que c’est lui qui va diriger le monde à partir du 20 janvier. Les premières décisions du président élu laissent penser que ce scénario n’est pas de la science-fiction…   

www.berenboom.com    

FARCES ET ATTRAPES

    L’histoire se répète toujours au moins deux fois, écrivait Karl Marx. La première comme une tragédie. La seconde comme une farce. 

   Une illustration dans l’histoire politique belge avec le social-chrétien Wilfried Martens, revenu neuf fois comme premier ministre en treize ans (entre 1979 et 1992), ses gouvernements tombant les uns après les autres comme un château de cartes, donnant l’impression d’assister à la répétition sans fin d’un spectacle de Guignol.

   S’il réussit mardi prochain son come-back, Donald Trump va-t-il faire mentir Karl Marx ? Lui dont le rêve est de réincarner Ronald Reagan, le président qui garde dans l’imaginaire américain l’image d’avoir fait s’écrouler l’Union soviétique. Si Trump est réélu, on peut s’attendre à ce que des manifestants défilent à Washington en criant « Brejnev revient ! Trump est devenu fou ! » 

   On comprend que, dans cette époque troublée, malmenée, de moins en moins compréhensible, où l’on a perdu la plupart des repères, les gens ont soif de découvrir du neuf, à repartir d’une page blanche. Puisque ceux qui nous ont gouvernés jusqu’ici n’ont pu empêcher le chaos, tentons autre chose – sans être arrêtés par l’idée que cette équipe soi-disant neuve peut se révéler pire.

   C’est une des explications par exemple du renversement des alliances en Afrique ex-française, où l’ancien colonisateur, désormais honni, est chassé pour accueillir à bras ouverts la soi-disant efficacité des troupes venues de Russie. 

   Cette Russie qui, elle, remplace sur le front ukrainien ses soldats épuisés, blessés, démoralisés par des bataillons tout frais venus de Corée du Nord. Allez comprendre ce jeu de chaises musicales.  

   Plus près de nous, cette réaction aveugle de se jeter dans les bras de dirigeants qui n’ont jamais participé au pouvoir explique aussi le succès, par les urnes, de l’extrême droite. Une extrême droite ravalée de frais, propre sur elle, qui caresse les micros au lieu de hurler dedans, mais qui n’a rien perdu de ses idées outrancières, mortifères. En France, en Hollande, en Italie, en Hongrie, en Flandre, waw ! 

   Ce qui est piquant c’est qu’on a oublié que l’extrême droite a été au pouvoir dans ces pays et qu’elle a mené à la catastrophe. Mais c’est si loin, oublié. Plus personne ne fait le rapprochement entre le Vlaams Belang et le VNV, collaborateur des nazis, entre Le Pen et Pétain ou entre Mussolini et Meloni (dont le parti est pourtant l’héritier avoué du MSI). 

   Ce qui s’est terminé en tragédie au siècle dernier se transformera-t-il en farce quatre-vingts ans plus tard ? Alphonse Allais écrivait : « les poubelles de l’histoire sont remplies de tendances prolongées ». Si l’on aspire à du neuf, cherchons vraiment du neuf, pas des vieilleries ripolinées pour l’occasion…        

www.berenboom.com 

LE GANG DES VIEUX FOURNEAUX

     Bien décidé à donner une fois encore un coup de mains à son vieux pote Donald Trump, Vladimir Poutine a lancé un important programme destiné à empêcher le vieillissement des cellules. Sa vice première ministre a vanté le développement de « technologies qui préviennent le vieillissement cellulaire, les neurotechnologies et d’autres innovations visant à assurer la longévité« . 

De quoi inspirer plusieurs albums supplémentaires à Lupano et Cauuet, les sarcastiques auteurs des « Vieux Fourneaux » (éd. Dargaud). 

Les recherches des scientifiques russes présentent de nombreux avantages. Elles vont permettre à une poignée de vieux survivants de la bataille de Stalingrad de reprendre les armes cette fois contre l’Ukraine. Rien ne vaut un vieux Bolchevique pour monter à l’assaut des ennemis du régime, de la Russie et du petit père des peuples. Pour combler le découragement des jeunes recrues qui se demandent pourquoi ils doivent abîmer leur jeunesse à conquérir quelques kilomètres carrés de trous perdus dans le Donbass. Un vieux Bolchevique ne se pose pas ce genre de questions ni aucune autre. 

Cette politique permettra à Vlad de mettre en garde son entourage et ses quelques opposants survivants qu’il vaut mieux oublier l’âge du capitaine. Il est parti pour régner encore un siècle ou deux. Les candidats à sa succession feraient mieux de changer de métier ou de pays. 

Vous me demanderez pourquoi le président russe, dont l’économie est au bord de l’implosion à cause des conséquences de sa guerre insensée et du coût terrible de la fabrication accélérée d’armes sophistiquées, est prêt à investir ce qui lui reste au fond des poches dans des labos scientifiques et les promesses de quelques savants fous. C’est qu’il parie que la science va lui permettre de gagner sa guerre et imposer la primauté de l’empire russe. Grâce à l’aide de Trump. Dont il obtiendra tout ce qu’il désire. 

En échange de quelques piqures du produit miracle et de l’assurance que plus personne n’osera évoquer son âge, le futur président américain sera prêt à arrêter l’aide aux ennemis de la Russie, à laisser les Européens se débrouiller sans le parapluie atlantique et à approuver toutes les politiques que son camarade de Moscou lui soufflera à l’oreille. Le prix n’est pas trop fort puisque Trump recevra la garantie qu’il présidera les Etats-Unis en conservant un cerveau pas plus dérangé qu’il ne l’est actuellement. Et surtout que ces remèdes miracles lui assureront une vie sexuelle débridée pour un temps illimité. 

Kamala Harris paraît pouvoir prendre l’ascendant sur son balbutiant adversaire. Mais c’est sans connaître l’arme secrète terrible qui risque de perturber les dernières semaines de campagne. Dire que Poutine a dit récemment qu’il aimait son rire. Quel faux derche !

www.berenboom.com