romancier - chroniqueur

Une chronique
par semaine

par Alain Berenboom, dans Le Soir.

Chroniques

Le 18 novembre 2017. - L’ÂGE DU CAPITAINE

Depuis que la droite et la gauche ont décidé de plonger, main dans la main, dans la grande soupe de l’économie libérale planétaire, plus moyen de distinguer un parti, un programme ou un leader d’un autre. Tout, tous, la même couleur gris souris.
Pour trouver le cap, il a donc fallu inventer une autre martingale. Après d’onéreuses séances de méditations, les communicants politiques (qui sont aux hommes politiques d’aujourd’hui ce que le docteur Gubler était jadis à François Mitterrand) ont accouché d’un nouveau truc pour séduire les braves gens. Cette potion magique s’appelle l’âge du capitaine.
La jeunesse de Macron a donné l’illusion aux électeurs français qu’elle marquait la rupture avec les deux vieux partis qui dirigent la France depuis soixante ans. Le futur chancelier autrichien Sebastian Kurz a même réussi l’exploit de rhabiller de paillettes son vieux parti chrétien démocrate complètement moisi et de faire croire à un bain de jouvence en Autriche en déroulant le tapis rouge à l’extrême droite.
Charles Michel, Justin Trudeau, Renzi, tous s’affichent comme des baby-miracles, capables de reprendre à bras-le-corps tout ce que les vieux birbes qu’ils ont remplacés ont laissé se dégrader, la planète autant que notre quotidien.
Les jeunes plein d’hormones se bousculent au portillon. Parfois ils sont si jeunes qu’ils n’ont pas encore balancé leurs jeux et jouets à leurs petits frères comme Kim Jong-un. Cuirassé touché ! Ou ils se voient en héros invincibles d’un jeu vidéo, tel le nouveau patron de l’Arabie saoudite, Mohamed Ben Salmane, pif ! paf ! M.B.S., « l’homme pressé » (pressé d’en découdre avec ses voisins en sortant de leurs emballages toutes ces belles armes de destruction massive que nous avons vendues à son papa et de s’en servir avant que la garantie ne soit expirée).
Malgré son âge, c’est aussi parce qu’il portait des habits neufs et l’illusion qu’il allait rompre avec ses prédécesseurs que Donald Trump a séduit ses compatriotes.
Les Africains répliqueront sans doute qu’eux, ils rêveraient de voir arriver des jeunes, pour en finir avec leurs éternels despotes, morts-vivants mais toujours officiellement aux commandes, les Mugabe, Bouteflika, ou autres Nkurunziza. Qu’ils se rappellent que Joseph Kabila venait de fêter ses trente ans quand il est monté sur le trône congolais, ce qui ne l’a pas empêché de se mettre aussitôt à ressembler au fantôme de Mobutu.

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Ps : à propos de capitaines, les éditions de l’Elan nous font la surprise de rééditer «  Le Navire qui tue ses capitaines », le seul roman de Maurice Tillieux, le génial papa de Gil Jourdan. Un roman d’aventures maritimes publié en 1943 avec des illustrations magnifiques de René Follet. Avec un passionnant dossier sur la fortune de l’édition belge pendant l’Occupation. A glisser dans la hotte de Saint Nicolas !

Biographie

Alain Berenboom -
Alain Berenboom est le fils d'une mère originaire de Vilnius et d'un père polonais pharmacien. Il entre en 1959 à l'Athénée Fernand Blum. Son professeur de néerlandais est un certain André Delvaux, qui lui donne la passion de l'art cinématographique. En 1965, il hésite entre une formation à l'Insas et la Faculté de droit de l'Université libre de Bruxelles qu'il choisit. En 1969, il entre au Barreau de Bruxelles. En 1976, jeune avocat, il prend la défense du film l'Empire des sens interdit par les magistrats belges dans les salles de cinéma, ce qui lui donne une renommée professionnelle.

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Bibliographie

Sept romans jalonnent l'œuvre littéraire d'Alain Berenboom, réputé par ailleurs comme une autorité internationale dans le domaine du droit d'auteur, qu'il enseigne à l'université libre de Bruxelles. Dès la parution de La position du missionnaire roux, un écrivain s'imposait, avec son ton, son point de vue, ses inquiétudes, son style, sa langue. Un humour qui est toujours une philosophie, une lecture du réel, dont les références sont les plus éminentes, de Swift à Allen, de Saroyan à Dino Risi. Berenboom, on le voit, a ses références à travers le monde, et elles ne sont pas que littéraires d'ailleurs, puisque le cinéma, qui le passionne depuis toujours, et dont il a une connaissance encyclopédique, justifiant qu'il soit administrateur de la cinémathèque de Belgique, est un de ses pôles magnétiques, et une source d'inspiration, comme on le voit dans son avant-dernier roman, Le goût amer de l'Amérique, en grande partie centré autour de la figure de James Stewart. Berenboom, on le lit dans sa chronique hebdomadaire du Soir, est très préoccupé par le sort de la Belgique, ce qui se ressent aussi dans certains de ses livres, comme Le lion noir, et dans son tout récent livre, Périls en ce royaume, qui est en train de récolter un grand succès. D'une cohérence évidente, son travail témoigne sous une apparence légère et ironique d'une réflexion constante sur la justice, la démocratie, la solidarité. Et des indignations que peuvent susciter les manquements à l'égard de ces valeurs.

© 2017 Alain Berenboom