ORWELL, BACK TO THE FUTURE

    Je croyais à un poisson d’avril avancé de quelques jours. Mais non, l’histoire est vraie. Les marchands de tabac vont être équipés de caméras dites intelligentes qui indiqueront aux buralistes l’âge de leur client.  

Comme ce sont souvent des magasins de journaux, je suppose qu’elles ne seront pas réservées à contrôler la vente des cigarettes. On les programmera également de façon à sélectionner les gazettes en fonction de la personnalité des acheteurs. Un paquet de Marlboro pour Georges-Louis Bouchez, pourquoi pas ? Mais pas question de lui vendre « Libération », trop gaucho, ni le « Matricule des Anges », trop culturel et surtout subventionné par le ministère de la culture. Bart De Wever voudrait acheter « Le Soir ». Horreur ! La caméra affichera un feu rouge. Pour éviter au pauvre homme d’emporter un quotidien qui risque de lui faire beaucoup de mal. Ce n’est pas le moment de le déprimer davantage. 

   Mais pourquoi se limiter aux buralistes ? L’entrée de tous les magasins pourra désormais être contrôlée. Si une dame a été condamnée quelques années plus tôt pour grivèlerie, l’accès lui sera refusé. De même pour un consommateur vegan qui tenterait en cachette de se faufiler dans une boucherie. L’avis qu’affichaient parfois certains établissements « La direction se réserve le droit d’entrée » sera remplacé par « La caméra décide qui a le droit d’entrer ».  

   Il faut voir plus grand encore. Grâce aux caméras intelligentes, le patron saura exactement ce que pense chaque employé de son boulot et de sa gestion. On prétendra évidemment que c’est tout bénéfice pour l’avenir de l’entreprise qui se débarrassera ainsi des mauvais éléments et qui améliorera ses performances avec les travailleurs les plus dévoués. 

  Les dirigeants politiques n’auront plus besoin de longs tête-à-tête pour tâter leurs collègues, adversaires et rivaux. La super-caméra lui soufflera à l’oreille qui sont les bons et qui sont les mauvais. 

Prenez l’exemple de la région de Bruxelles, on n’aura pas perdu neuf mois à tourner en rond en se tirant la barbichette. En quelques minutes, dès le 9 juin dernier, les résultats électoraux à peine connus, la caméra intelligente aura fait le constat que personne ne parviendra jamais à constituer un gouvernement avec la bande d’hurluberlus censés se mettre autour de la table. D’ailleurs, la caméra intelligente rend inutile le processus électoral lui-même. Elle sait d’avance ce que chaque citoyen va voter. Donc, inutile de lui gâcher son dimanche à faire la file. Elle affichera le résultat des élections sans perdre de temps et beaucoup d’argent à les organiser. 

    Ne relisez pas « 1984 », le génial roman de George Orwell. Vous en êtes devenu le héros…

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ABRACADABRA

   Pour sceller le sort des universités, le président Trump a été aussi vite et presqu’aussi fort qu’à l’égard de l’Ukraine en suspendant l’attribution d’une grande partie des fonds fédéraux aux plus prestigieux établissements du pays sous des prétextes tout aussi fumeux que ses discours.

Sont visées d’abord les études sur la santé, le climat ou des projets associés aux programmes de diversité, d’équité et d’inclusion. Mais le reste suivra : le président signera par décret la suppression de l’enseignement du droit si les tribunaux fédéraux s’obstinent à déclarer ses ukases illégaux. Pourquoi encore fabriquer des juges et des avocats qui ne comprennent rien à la geste trumpienne ? Laissons l’intelligence artificielle mitonnée par son bouffon, Elon Musk, pondre désormais les jugements. 

Puis il effacera l’histoire car les profs ne parlent que du passé au lieu d’expliquer que le pays vit le moment le plus important de son histoire sous la direction du plus génial dirigeant que le monde a jamais connu. De plus, les historiens ne racontent que des craques : les nazis auraient attaqué les démocraties occidentales, l’Italie aurait été dirigé par une clique de fascistes, le président Poutine aurait dévitalisé toutes les institutions démocratiques mises en place à la chute de l’URSS et fait tuer ses opposants, les Amérindiens auraient été massacrés par des bandes d’immigrés venus peupler les Etats-Unis… Que des bobards débités par des nullards gauchistes. A la porte, bande de provocateurs ! Avec tous les fonctionnaires fédéraux ! Eux aussi remplacés par l’IA. Dieu, que c’est reposant de ne plus croiser un seul être humain dans les couloirs des bâtiments de l’administration ! Tout sera automatique de la naissance à la mort. D’ailleurs, pourquoi encore des êtres humains, je veux dire d’autres êtres vivants que Trump et son fidèle entourage ? 

  L’explosion régulière des fusées de l’entreprise Musk devrait pourtant emmener ce brave homme à s’interroger sur la qualité de ses dispositifs. Il devrait s’empresser d’engager quelques spécialistes pour sauver son business spatial avant qu’ils ne disparaissent dans la nature, licenciés faute de budget. Le départ programmé des Terriens vers Mars est mal parti…  

En cas de nouvelle pandémie aux Etats-Unis, on ne sait trop ce qui va se passer. Près de 10% des agents de la NIH, la principale agence américaine chargée de la recherche biomédicale et de la santé publique, ont déjà été licenciés. Et le ministre de la santé, Robert Kennedy Jr, est connu pour ses informations mensongères sur les vaccins, le covid, etc. Qui pourra encore soigner les Américains ? Reste peut-être quelques sorciers guérisseurs dans les tribus indiennes. On espère qu’ils réussissent à retrouver les remèdes traditionnels qui permettaient de combattre la sorcellerie puisqu’elle a l’air de frapper la classe dirigeante du pays…

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ÊTRE HUMAIN, ÊTRE OTAGE

Avec le temps de la guerre, vient le temps des otages. Des civils, des quidams, vous et moi, peuvent brusquement, brutalement devenir otages par le caprice de ces dictateurs qui se sont multipliés tout autour de la planète. Et qui prennent les êtres humains pour de simples pions dans leurs parties d’échecs. Comme au moyen âge. L’Histoire patine méchamment…

  Il y a Poutine s’emparant d’enfants ukrainiens, ce qui lui vaut un mandat d’arrêt international par la CPI depuis mars 2023. Est-ce cela empêchera Trump de lui serrer la pince et plus car affinités ?

Il y a le gouvernement iranien emprisonnant les Occidentaux qui passent à sa portée comme Olivier Vandecasteele condamné à quarante ans de prison pour servir de monnaie d’échange afin de récupérer un criminel que les Iraniens avaient envoyé dans nos contrées. Il reste encore à Téhéran notamment trois Français, Cécile Kohler, Jacques Paris et Olivier Grondeau (accusés évidemment d’espionnage) et tant d’otages iraniens qui ont le tort d’être des hommes et des femmes libres, telle l’avocate Nasrin Sotoudeh condamnée à 38 ans de prison et 148 coups de fouet. Rien de tel que le fouet pour mater une femme qui agite des idées sous son foulard. 

Non loin de là, les terroristes du Hamas se sont emparés lors du raid du 7 octobre 2023 de deux cent cinquante Israéliens dont beaucoup de civils, enfants, femmes, vieillards. Tous ces êtres vivants à l’époque sont devenus de simples objets entre leurs mains pour monnayer leurs revendications. Même le corps des s otages morts depuis leur enlèvement ne sont restitués que moyennant une contrepartie. Glaçant.

Dans un pays qui n’est pas en guerre, l’Algérie, on se lance aussi dans ce marché odieux pour tenter de maintenir l’ordre imposé à la population qui avait tenté dans un grand mouvement populaire, l’Hirak, en 2019, de se débarrasser du régime autoritaire et militaire qui enserre le pays depuis son indépendance. Depuis, les manifestants civils ont été matés par les militaires éternellement au pouvoir et leurs affidés. Voilà que le régime s’est lancé à son tour dans la politique de la prise d’otage. En arrêtant et en emprisonnant l’une de ses plus belles plumes, Boualem Samsal. Pour faire taire la voix de ce grand écrivain à la fois poétique et engagé. 

  Dans son roman « Dis-moi le paradis », il dresse un portrait au picrate de l’Algérie post-coloniale, de la corruption et du danger de l’islamisme qui menace l’âme de son pays. Dans « le Village de l’Allemand », à travers le portrait d’un SS qui s’est mis après la guerre au service de l’Armée de Libération algérienne, il fait un parallèle entre islamisme et nazisme. 

Comme il l’écrit dans « La Fin du Monde »: « La religion fait peut-être aimer Dieu mais rien n’est plus fort qu’elle pour faire détester l’homme et haïr l’humanité. » Honte à ses geôliers.

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LE CHOC DES TITANS 2.0

   L’Union a vaincu Anderlecht. Il y a peu d’années encore, on se serait frotté les yeux. Mais à présent, le choc des titans c’est ça : l’Union contre Anderlecht, rappelant l’époque mythique où les Saint Gillois se battaient contre le Daring. Combat au sommet immortalisé peu avant la guerre dans « Bossemans et Coppenolle », la pièce de Paul Van Stalle et Joris d’Hanswyck, immortalisée à l’écran par Gaston Schoukens. Amaï !! 

   L’Union a battu Anderlecht. Il y a donc moyen de régler ses comptes à Bruxelles, de se mettre d’accord puis de faire la fête. Plutôt que de jeter l’éponge comme l’éternel formateur David Leisterh en disant discrètement, sans même s’expliquer devant les citoyens, qu’il se retire sur ses terres boitsfortoises, à un jet de pierre de la forest de Soignes, dans laquelle il peut s’empresser de disparaître si les socialistes viennent rugir sous ses fenêtres… Och’erme !

   L’Union s’est joué d’Anderlecht. Comme devraient le faire les informateurs succédant au formateur disparu en espérant qu’on puisse éviter la vieille panoplie d’intermédiaires, conciliateur, médiateur, raccommodeur, chiropracteur et autre chipoteur. Leisterh, vainqueur des élections mais incapable de transformer l’essai, Laaouej seul rescapé socialiste francophone mais paralysé à l’idée de gouverner en coalition sans être le leader màximo. Les écologistes boudent d’être mal aimés, Défi recompte désespérément ses électeurs. Comme le dit avec sagesse Pitje Schramouille dans une de ses fables : « Quansqu’on veuïe   yet’ trop malin et mett’ les autt’ dedans hein, ha bien on est soi même souvent vu ». 

   A l’Union comme à Anderlecht, on est bilingue, monsieur, et même plus, on cause ossi brusseleir. On n’a pas besoin d’établir des quotas entre francophones et flamands ni chez les joueurs ni chez les supporters. On forme une seule équipe et on chante les mêmes chansons même quand on perd ! 

Pardon, chers amis francophones, mais les flamands de Bruxelles vous ont donné un bel exemple. Une chef de file Ecolo a pu assez rapidement se mettre d’accord avec des forces tout aussi antagonistes que chez les francophones, socialistes, libéraux et conservateurs, parce qu’il s’agit de sauver cette pauvre ville du désastre, de la mal-gouvernance, des dettes et de la tentation des deux autres régions de la gérer selon leurs intérêts. Tout en écartant ces poisons, l’extrême droite du Vlaams Belang et le communautarisme démagogique de la liste Fouad Ahidar. Bande de snotneus ! Ravalez votre morgue une fois, les franskiljlons ! Pitje Schramouille nous donne une ôt’ leçon de sagesse : « Te faut pas fair’ trop d’l’embarras/car on a très souvent/In plis petit que swai/Busoin ». 

. Allez, bande de zievereirs !  

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BRUXELLES, MA BELLE ?

  C’est à se demander s’il n’y a plus que les dealers qui aiment Bruxelles au point de se battre à coup de kalachnikov pour y rester ! Il faut leur reconnaître beaucoup plus d’attachement à notre ville que les politiciens du cru qui sont cuits, brûlés même après avoir déposé les armes. 

N’y a-t-il donc personne pour gouverner la capitale de l‘Europe, accessoirement de notre charmant royaume ? En politique, il y a toujours une solution. Plus elle est absurde, mieux elle fonctionne. Il n’est que d’admirer la construction du gouvernement Arizona qui allie la droite séparatiste flamande aux unitaristes belgicains wallons sous le regard des socialistes de Flandre. 

Voici quelques suggestions pour que ces pauvres David Leisterh et Ahmed Laaouej cessent d’errer comme des poules sans tête. 

Pourquoi ne pas tenter la jachère ? Un procédé classique en agriculture, qui consiste à laisser la terre se reposer pendant quelques années. Après, les plantes repoussent plus vivaces que jamais. 

Appliqué à la région, ce procédé aura pour conséquence d’arrêter tout, projets d’infrastructure, subventions, transports, engagements de personnel, etc. Le temps de laisser la nature reprendre possession de la ville, des rues, des maisons. Dans quatre ans, vous verrez avec quelle énergie, les citoyens se précipiteront aux urnes pour choisir enfin des dirigeants responsables. 

Actons la démission des politiciens bruxellois, plus prêts à cultiver leur ego que notre capitale. Laissons-les se retirer sur leurs terres. Et confions l’exécutif bruxellois à l’Union européenne. L’Europe a intérêt à sauver sa capitale. 

Les vingt-sept chefs d’état se partageront les portefeuilles. Le chancelier allemand au bien-être animal, Macron à l’environnement, Orban à la protection du patrimoine. Problème : la Région n’a droit qu’à cinq ministres. Mais on peut y ajouter des secrétaires d’état. Cependant, cette suggestion se heurte un gros obstacle. Sur cinq excellences, deux doivent être flamandes. Sauf à pousser Orban et Macron à se mettre au néerlandais, voilà un vrai casse-tête.   

Pourquoi ne pas alors faire appel à Trump ? Les gouvernements danois, groenlandais, canadiens, panaméens s’opposent à ses rêves d’étendre son empire. Mais le gouvernement bruxellois étant aux abonnés absents, personne ne l’empêchera de faire de Bruxelles sa seconde capitale. District of Brussels. Lui qui a qualifié notre ville de « trous à rats » voudra investir massivement pour en faire sa vitrine. Peut-être aussi qu’il l’offrira comme jouet à Elon Musk. 

On voit d’ici comme Elon va s’amuser. Après l’envoi de tous les parlementaires et fonctionnaires sur Mars, il expérimentera sur le reste de la population ses procédés d’implants dans le cerveau. De quoi s’assurer qu’aux prochaines élections régionales, il n’y aura plus qu’un seul gagnant, le Vlaams Belang. 

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SECRET D’ALCÔVE

   J’ai commencé l’écriture de mon nouveau roman en juin dernier, sacrée coïncidence le jour où Bart De Wever a lui aussi ouvert son cahier Atoma pour entamer l’écriture du récit de la législature qui va le faire entrer dans l’Histoire. 

  Il a terminé son travail bien avant moi, le dernier jour de janvier alors que moi, je n’en vois pas encore l’issue. Bravo ! Ce qui me rend très indulgent sur la qualité finale de son œuvre. Mais je reconnais aux derniers rebondissements, aux coups de gueule des ultimes nuits fiévreuses où l’on avait du mal à inscrire le mot « fin », la main d’un véritable auteur de fiction. Son texte offre un fil rouge apparent mais aussi plusieurs intrigues entremêlées, des sous-intrigues secrètes, des rebondissements inattendus qui ne demandent qu’à exploser à la face du lecteur. 

On ne pourra apprécier la qualité de l’ouvrage qu’en découvrant le dénouement. C’est la règle d’un vrai thriller. Or, on ne le connaîtra que dans cinq ans. En attendant, le lecteur ne peut que spéculer sur les différentes voies qui vont y mener au climax libérateur. 

On le sait, le diable est dans les détails. Or, en 236 jours, il n’y a que Simenon qui pouvait boucler une affaire parfaite. Mais il était seul maître à bord et avait déjà une liste de repères et d’automatismes. Alors que Bart De Wever s’est cru malin de faire intervenir des co-auteurs. Et de laisser, comme Alexandre Dumas, à cette équipe de « ghost writers » le soin de peaufiner des intrigues parallèles, des développements secondaires et quelques figurants. Qu’il ne s’étonne pas alors que son bazar ne tienne pas tout à fait ensemble. 

Sans doute Bart a-t-il mal distribué le rôle de ses co-auteurs. Ainsi, le chapitre Plus-value, quelle idée lui a pris de le confier à Conner Rousseau ! Il fallait le laisser à Maxime Prévôt. Formé par l’Institut Saint Berthuin de Malonne (porté sur les fonds baptismaux par les évêques de Namur et de Liège) frère Maxime aurait réussi à faire passer tout et son contraire sans vagues selon une vieille tradition social-chrétienne. Tandis que Conner Rousseau, avec ses manières brutales et son langage de charretier, il aurait dû écrire le chapitre Immigration où il se serait montré encore plus efficace que Donald Trump.

Puisqu’il a choisi comme maître Alexandre Dumas et son team (il n’y a pas mieux quand on veut produire du feuilleton), qu’il fasse attention où il met les pieds. Au train où ça va, Bart n’est pas encore prêt à écrire « Vingt ans après ». Quinze jours après serait un titre plus approprié pour décrire les dernières péripéties de ses héros. 

Et surtout qu’il se garde d’utiliser la devise des mousquetaires « un pour tous, tous pour un ». « Sauve qui peut et chacun pour soi » paraît plus approprié…

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LA VRAIE HÉROÏNE DE L’ARIZONA

   C’est une drôle d’impression. Après un si long accouchement, la naissance d’un Arizona sans nana. Ou presque. Il y a tout de même une femme. Qui est évidemment chargée de faire le ménage de tous les immigrés et autres demandeurs d’asile. Une femme une fois de plus pour nettoyer le pays des migrants. Le sale boulot. Une ministre dont on attend qu’elle montre plus de testostérone que l’ensemble des mâles qui composent le kern cabinet. 

   Les femmes ne sont pas totalement absentes du programme qu’ont signé les négociateurs, un bouquin aussi épais, parfois sibyllin et inquiétant que « Crime et Châtiment ». Mais les lacunes à leur sujet en disent plus long qu’un discours. Ainsi, la question de la loi relative à l’avortement n’a droit qu’à quelques lignes obscures. Rédigées sans doute à la fin de la nuit par quelques hommes endormis. Seule mais étrange attention aux femmes dans le programme, la légalisation annoncée des mères porteuses. Où va-t-on ? A moins que la mesure a été prise pour des raisons fiscales. Puisqu’on a décidé de taxer les plus-values, on imposera ces naissances comme on le fera pour la revente des actions. 

On attendait pourtant qu’avec le titre dont s’est fièrement baptisée la coalition, les femmes soient davantage mises à l’honneur. La plus célèbre héroïne de l’Arizona était en effet une femme, Calamity Jane. Une redoutable créature qui a décimé pas mal d’indigènes en compagnie du général Custer. Un duel entre la plus fameuse tireuse de l’Ouest et le plus renommé dézingueur du Nord aurait constitué un spectacle de choix pour entamer le nouveau quart du vingt et unième siècle. 

On pourrait d’ailleurs s’inspirer de la terrible éclaireuse du général Custer pour faire passer sans trop de polémique une autre mesure inattendue, l’uniforme des fonctionnaires. Pour assurer la neutralité dans les services publics et éviter les polémiques autour des « signes convictionnels », nos nouveaux gouvernants envisagent d’introduire un uniforme ou un « code vestimentaire » dans les administrations. Voilà où la référence à l’Arizona va prendre tout son sens. L’habit de Calamity Jane pourrait constituer un modèle adéquat qui ne fera pas polémique puisqu’il est déjà entré dans la légende. Avouez que si votre contrôleur des contributions ou votre employée communale vous reçoit vêtue d’un pantalon en daim avec ceinturon et veste à franges, vous ne songerez pas un instant à discuter ses ordres ou ses demandes. Exactement ce qu’attend de vous Bart De Wever. 

   Mais, qu’il se méfie. En oubliant le rôle essentiel des femmes dans un gouvernement, il risque de les retrouver dans la rue. Avec le printemps, on pourrait fêter les concerts de casseroles… 

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TERRE D’ASILE

 Nicole de Moor est-elle une femme ?

La question se pose sérieusement à l’annonce par la secrétaire d’état à l’asile de sa décision de renvoyer manu militari en Afghanistan les demandeurs d’asile afghans car, décrète-t-elle benoitement, il n’y a plus de risque de persécution au royaume des mabouls de Kaboul. 

On peut excuser Nicole de Moor de ne pas saisir les subtilités du dari ni du pachto, les langues officielles du pays. Mais les observateurs du monde entier dénoncent les mesures de plus en plus effroyables contre les femmes. Amnesty International évoque un crime contre l’humanité. Le procureur de la Cour pénale internationale a demandé des mandats d’arrêts contre deux des dirigeants talibans et le Parlement européen a voté une résolution dénonçant les graves violations des droits entraînées par la loi sur « la promotion de la vertu et la prévention des vices » (sic). Condamnant les femmes à ne plus exister dans la vie publique, ne plus parler en public, ne pas regarder les hommes. Interdiction d’aller à l’école, d’exercer un boulot. Elles doivent même masquer les fenêtres de leur maison si elles risquent d’être vues.   

  Nicole de Moor est-elle une femme ? 

Peut-être renvoie-t-elle les Afghans réfugiés chez nous en se disant cyniquement que dans un régime où la femme est persécutée comme nulle part ailleurs, les mâles ne courent aucun risque. 

  Si, rentrés chez eux, ces Afghans racontent autour d’eux comment vivent les femmes en Flandre, ils sont bons pour la le cachot ou pire. Un proverbe afghan dit : « Donne un cheval à celui qui dit la vérité. Il en aura besoin pour s’enfuir »…

Mais le sort des femmes n’intéresse pas Nicole de Moor. Sa mission est de nettoyer le pays de tout étranger. Peu importe les condamnations des tribunaux (près de neuf mille !) pour non-respect du droit d’asile. 

Comment laisse-t-on en place une ministre qui se fiche autant des lois et de la justice ? Il est fascinant de la voir s’acharner, s’entêter alors qu’elle n’est plus chargée que d’expédier les affaires courantes dans un gouvernement pratiquement disparu. Renvoyer des êtres humains dans cette prison qui s’appelle l’Afghanistan, une affaire courante ? Alexandre De Croo, réveille-toi ou vous allez tous être contaminés !

Si Nicole de Moor avait été jadis en charge de la migration, Sammy Mahdi ne serait jamais devenu président de son parti car son père, arrivé comme réfugié, aurait été renvoyé en Iraq – comme le mien en Pologne.

On suggère à Nicole de Moor de méditer la phrase célèbre de Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme. On le devient. » Son chemin pour y arriver est manifestement encore long…     

PS : le titre en hommage à l’un des romans emblématiques de Pierre Mertens qui vient de s’en aller.

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LE DIALOGUE DE LA SEMAINE

  • Allo, Donald ?
  • Oh ! Tovaritch Vladimir, je comptais justement vous appeler. Télépathie ! On dirait que nos cerveaux fonctionnent en parfaite harmonie ! Que me vaut le plaisir… ?
  • D’abord vous féliciter. Fiesta, discours, tout était très réussi. Surtout le chapeau de votre épouse. J’aimais particulièrement les petites marionnettes qui s’agitaient dans votre dos pendant votre prestation de serment.
  • Marionnettes ?
  • Oui cette série de charmants garçons qui faisaient la claque et qui riaient à chacune de vos saillies. 
  • Zuckerberg, Bezos, Musk et compagnie ?
  • On aurait dit des figurants dans un film des Marx Brothers. Je pensais les inviter à Moscou pour ma prochaine apparition devant la Douma. Ça serait tellement plus drôle pour mes députés de les regarder s’agiter plutôt que le portrait figé de Lénine.  
  • Difficile, Vladimir. Hélas, les sanctions courent toujours. J’aurais voulu les annuler, croyez bien, mais ça ne dépend pas que de moi. 
  • Je ne comprends pas, Donald. Pendant qu’il faisait ses malles, Joe Biden a accordé la grâce présidentielle à un paquet d’individus condamnés par les tribunaux, dont certains sont morts depuis un siècle. 
  • Vous connaissez l’expression : la vieillesse, quel naufrage !
  • Je n’oserais pas ajouter que vous aussi, vous avez gracié toute sorte de personnages autrement plus louches que moi. Aucun tribunal ne m’a jamais condamné, moi. 
  • Tout de même, il traîne un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale… 
  • Et la présomption d’innocence, vous l’avez déjà effacée de vos lois ?
  • Non, non, bien sûr. Sinon, je n’aurais même pas pu participer à l’élection présidentielle…
  • Ces braves gens pourraient simplement présenter leur entreprise pour booster un peu mes oligarques, vraiment trop endormis. 
  • Mais que feriez-vous de leurs produits, Vladimir ? 
  • Tenez, si Amazone s’installait chez nous, je pourrais commander des soldats nord-coréens d’un simple clic. Avec moi, Bezos doublerait sa fortune. Je serais même prêt à payer les commandes en crypto monnaie. Par galanterie, je choisirais celle qu’a lancé votre charmante épouse. 
  • Ah non ! Du trump ou rien ! 
  • Vous êtes dur en affaires, Donald. Mais, d’accord ! J’achèterai mes petits soldats en trump. Musk a aussi une quincaillerie qui peut nous intéresser, satellites, fusées. 
  • Oui mais, entre nous, elles explosent une fois sur deux
  • Je sais ; je les achète pour les refiler aux ukrainiens en disant qu’elles sont livrées par les Etats-Unis, ce qui contourne les sanctions.
  • Payées aussi en trump.
  • Evidemment, Donald.
  • J’y réfléchis. Et Zuckerberg ? 
  • Pour être franc, Facebook ne nous intéresse pas. Mais lui aussi je songe à le vendre aux Ukrainiens à qui il expliquera comment on fait pour être un homme, un vrai…
  • Merci, bon débarras !

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LES  INVITES  DE  LA MAISON SUPER BLANCHE

   Que feront les invités de Donald Trump le jour d’investiture du nouveau président ? Ils applaudiront d’abord le Village People reprendre leur invraisemblable chanson YMCA, icône de la communauté gay lors de son enregistrement, il y a cinquante ans. Vivian Jenna Wilson (née Xavier Musk), la fille du milliardaire préféré de Trump (lequel n’a pas supporté que son aîné.e ait changé de sexe) a peut-être eu tort d’annoncer qu’elle quitte les Etats-Unis ce jour-là. Elle aurait pu faire la fête une dernière fois avant de larguer les amarres. Après le concert, il est vrai, les invités se retrouveront entre hétéros bien-pensant. Orban, Meloni, Milei et même Bolsonaro. On dirait que cette liste est une blague imaginée par Charlie-Hebdo. 

Trump a pourtant voulu que chaque pays soit représenté à la cérémonie par ses plus brillants représentants. Pour la Belgique, ce sera Tom Van Grieken. Geert Wilders pour la Hollande. Récompensés du magnifique score électoral qu’ils ont réalisé, preuve que certains pays d’Europe, dont le nôtre, sont mûrs pour virer trumpo-compatible. 

 Georges-Louis Bouchez espérait aussi être du voyage. Il comptait sur l’intronisation vite fait d’anciens du parti néo-fasciste « Chez Nous » en guise de laisser-passer. Mais c’est raté : en obligeant ses nouveaux baptisés Bleus à renoncer aux « idées » qu’ils ont défendues lors des dernières élections, Bouchez s’est lui-même exclu du club des copains à Trump. Caramba ! Encore raté ! 

Qu’il se console en songeant que la France sera représentée par Eric Zemmour, dont le score électoral a été autrement plus dérisoire que le sien. Et que le pauvre Trudeau, le premier mort de la guerre américano-canadienne, n’a même pas été convié à fêter à la Maison Blanche ses propres funérailles. 

On comprend que Xi Jinping, qui a trouvé un carton dans sa boîte aux lettres, s’est empressé de s’excuser de ne pouvoir se joindre aux invités. Même lui n’a pu retenir un rictus de répulsion à la perspective de se mêler à ce beau linge. 

Pourtant, on a l’impression que le nouveau président américain a voulu que ce Barnum fasse mentir cette réflexion de Marilyn Monroe : « La pire chose qui arrive aux gens quand ils s’habillent et vont à une fête, c’est qu’ils laissent leur vrai eux-mêmes chez eux. »

Ici, le pire, ils l’emmènent avec eux. Le mieux que l’on puisse espérer c’est qu’ils le laissent à la Maison Blanche avant de rentrer chez eux… 

Peut-être qu’il y aura un invité surprise à ces agapes, qui sortira du grand gâteau final avant d’éteindre les lumières. Comme le chef de la fête est prêt à tout, qui sera surpris de voir Poutine jaillir au milieu de la crème ? Caviar à volonté pour tous ceux à qui le reste de la cérémonie n’a pas coupé l’appétit…

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